Histoires de Patients

Un don empreint de compassion pour les générations à venir

L’héritage d’une légende

Sandales à semelle plate-forme. Sabots. Talons compensés. Mules. Charles IX en cuir verni. Qu’ont en commun toutes ces chaussures?

À la fin des années 1970, elles faisaient toutes partie des nouvelles tendances de la mode, et Gerry « la légende » Taylor les vendait jour après jour en tant que l’un des plus jeunes dirigeants de l’histoire de la Brown Shoe Company, entreprise familiale canadienne bien-aimée qui a marqué son époque.

La fille de Gerry, Carole, se rappelle avec tendresse qu’elle aidait son père au siège social de l’entreprise pendant les week-ends quand elle était petite. Elle avait la même pointure que les échantillons et pouvait donc essayer toutes les merveilleuses chaussures, comme Cendrillon.

Gerry travaillait souvent de longues heures, même les jours fériés et les fins de semaine. Malgré son horaire chargé, il s’organisait toujours pour donner la priorité à ses enfants. Ceux-ci se rappellent encore très bien leur joie quand il leur rapportait de délicieux chocolats de ses multiples voyages d’affaires aux États-Unis, comme la tablette Payday.

La prise de conscience de Gerry

Gerry a souffert de brûlements d’estomac et de douleurs thoraciques pendant des années. Il avait relégué sa santé au second plan. À l’époque, on en savait moins sur la santé cardiaque, mais quand deux de ses amis proches sont décédés d’une crise cardiaque, il a finalement demandé de l’aide à son médecin de famille.

Gerry a aussitôt été dirigé au nouvel Institut de cardiologie d’Ottawa pour subir une angiographie, qui a révélé qu’il avait trois artères coronaires bouchées. L’une d’elles était complètement obstruée en raison de son travail extrêmement stressant et de ses habitudes de vie. En février 1982, il subissait avec succès un quadruple pontage. Grâce aux bons soins du Dr Wilbert Keon, cofondateur de l’Institut, ce fier père et homme d’affaires obtenait son congé de l’hôpital huit jours plus tard. En mai de la même année, il était de retour au travail.

À la suite de son opération, les habitudes de vie de Gerry se sont radicalement améliorées, et ce, grâce au soutien de sa femme adorée, Marg. Il a immédiatement cessé de fumer, et il s’est mis à marcher et à se reposer tous les jours, ainsi qu’à manger des repas bien équilibrés.

Gerry et Marg 

Marg et Gerry se sont épris l’un de l’autre dès le tout début. Gerry débutait sa carrière en vente à Calgary lorsqu’il a aperçu cette « belle du Sud », qui allait devenir sa partenaire de vie.

Marg, une enfant unique, était fière d’être devenue une supermaman. Sa fille Karen se rappelle avoir été dorlotée par une mère aimante. Quand elle devait s’absenter de l’école parce qu’elle était malade, Karen se blottissait sur le canapé avec une bouillotte, des collations et une couverture, tandis que sa mère repassait les vêtements de la famille en regardant ses téléromans préférés.

Gerry et Marg ont élevé quatre enfants : Don, Lori, Carole et Karen. Ils ont eu la chance de voir grandir leurs sept petits-enfants et d’assister à la naissance de leur première arrière-petite-fille.

Ensemble, ils ont vécu pleinement leur vie, entre autres en voyageant à travers le monde pendant près de 20 ans. Ils ont pu profiter de ce sursis grâce à l’intervention chirurgicale et aux excellents soins de l’équipe de l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa.

L’Institut et les épreuves familiales

En 2005, alors qu’il jouait au golf sur l’île d’Anna Maria, en Floride, Gerry a subi ce qu’il croyait être une petite crise cardiaque. Il s’est alors empressé de revenir au Canada pour se faire soigner à l’Institut de cardiologie, où il a subi une deuxième opération cardiaque à cœur ouvert (triple pontage), réalisée par le Dr Fraser Rubens. Malheureusement, malgré cette seconde intervention chirurgicale réussie, la maladie cardiaque a continué de tourmenter Gerry et Marg.

La vie est parfois complexe et remplie de défis. Peu après sa seconde opération, Gerry et sa famille ont vécu plusieurs pertes en un court laps de temps. Gerry a perdu l’amour de sa vie, Marg, qui a été emportée par un cancer, puis sa fille aînée, Lori, décédée tragiquement à l’âge de 47 ans. Son fils, Don, atteint d’une maladie du cœur, s’est également éteint à 50 ans.

La maladie cardiaque a souvent une composante génétique et héréditaire. Carole, l’une des filles de Gerry et Marg, est aussi traitée pour des problèmes de cœur. En 2014, elle a réalisé que quelque chose clochait avec son cœur. La douleur intense qu’elle ressentait lui donnait l’impression d’avoir « un éléphant sur la poitrine ». Cette sensation lui coupait le souffle et l’empêchait de promener ses chiens. Elle a alors découvert qu’elle souffrait elle aussi d’une maladie du cœur et d’un blocage cardiaque. Depuis qu’elle a reçu une endoprothèse cardiaque, Carole peut continuer à profiter de sa vie bien remplie d’enseignante.

L’origine de la légende

Gerry, issu d’un milieu modeste de Saskatoon, en Saskatchewan, a toujours eu le désir et la détermination de réussir en tant qu’athlète, puis homme d’affaires. Il a commencé au bas de l’échelle comme vendeur de chaussures, gravi tous les échelons et atteint le sommet de l’industrie aux côtés de contemporains et amis, comme John Eaton, président fondateur de la chaîne de grands magasins Eaton. Des décennies plus tard, ses petits-fils le surnommeront affectueusement « La légende ». Ceux-ci s’émerveillaient devant le dynamisme et la passion de leur grand-père, qui aimait blaguer et jouer au yo-yo avec sa famille, et qui enchantait aussi les enfants qui visitaient la manufacture principale de la Brown Shoe Company à Perth, en Ontario.

Un héritage empreint de compassion aux générations à venir

Gerry Taylor a laissé deux héritages importants. D’abord, sa contribution à l’histoire de la chaussure et de la mode au Canada.

Il a été tout à la fois président de la Brown’s Shoe Company et vice-président de sa filiale américaine Buster Browns (aujourd’hui Caleres), premier détaillant nord-américain à importer des chaussures fabriquées en Italie au Canada, un endroit que beaucoup croyaient indifférent à la mode.

Son succès en affaires s’explique par le lien qu’il parvenait à créer avec toute sa clientèle, leur offrant sourire, expérience agréable et chaussures de qualité. Il a contribué à faire de l’entreprise ce qu’elle est devenue : un détaillant de chaussures comptant 67 magasins à travers le Canada.

Gerry et Marg ont toujours été reconnaissants pour les soins avant-gardistes et empreints de compassion offerts à Gerry à l’Institut de cardiologie. C’est pourquoi ils ont décidé de faire un don testamentaire transformateur et de laisser ainsi un héritage durable. De petits gestes peuvent faire toute la différence dans une vie, tout comme les chocolats que Gerry offrait à ses enfants et qui restent à jamais gravés dans leur mémoire.

Malgré la détérioration de son état de santé, Gerry a eu la chance de vivre jusqu’à 88 ans, avant de s’éteindre en 2018. Il a pu profiter de plusieurs années avec ses filles, ses petits-enfants et ses arrière-petits-enfants. Karen, devenue infirmière, a pu aider son père lors de ses rendez-vous médicaux. Carole, elle, adore les chaussures jusqu’à ce jour parce qu’elles lui rappellent son père. Et chaque année à l’anniversaire de naissance de Gerry, le 2 août, les membres de sa famille se rassemblent à leur chalet pour commémorer la vie de cet homme aimé de tous et toutes.

Comme un petit caillou qui fait des ricochets dans l’eau, des milliers de patients et patientes ressentiront l’impact de l’acte de bienveillance destinée aux prochaines générations de Gerry et Marg Taylor, deux personnes très spéciales. Pour la famille Taylor, donner à l’Institut de cardiologie d’Ottawa allait de soi, c’était le choix idéal, exactement comme lorsqu’on trouve une chaussure qui nous convient parfaitement, ou même une pantoufle de verre…

Partagez:

Aller au contenu principal