Les patients envoyés d’urgence à l’Unité de soins intensifs en cardiologie (USIC) arrivent souvent dans leurs vêtements de tous les jours, sans accès intraveineux et dans un état extrêmement précaire. En l’absence d’une zone de triage officielle, le personnel ne dispose que de quelques minutes pour établir le bon diagnostic et mettre en place un traitement vital.
L’USIC de l’Institut de cardiologie accueille certains des cas les plus complexes au pays. Sa directrice médicale, la Dre Rebecca Mathew, explique que la capacité de l’unité à prendre en charge un volume élevé et un large éventail de pathologies cardiaques permet aux patients d’accéder aux soins les plus complets qui soient. « Chaque quart de travail est différent. Nous pouvons commencer une journée en stabilisant une crise cardiaque de type STEMI, puis pratiquer une reanimation cardiorespiratoire et assurer la gestion des voies respiratoires pour un arrêt cardiaque et, une heure plus tard, réanimer un patient en choc cardiogénique. Chaque jour est différent du précédent. »
Première cardiologue certifiée à la fois en cardiologie et en soins intensifs recrutée à Ottawa, la Dre Mathew adore son métier et soutient le rôle de chef de file national de l’Institut de cardiologie dans la tendance croissante à recruter des cardiologues intensivistes pour orienter les soins cliniques dans les unités de soins intensifs. « J’ai choisi cette carrière pour le privilège de prendre soin des gens qui vivent les pires moments de leur vie. Nous sommes leur point d’ancrage au milieu de la tempête que représente une maladie cardiaque grave. »
Passionnée par l’enseignement, la Dre Mathew affirme que l’Institut attire les meilleurs stagiaires, qui en sortent prêts à tout affronter. « Je dis aux résidents de se former dans un centre qui les poussera jusqu’à leurs limites absolues, mais en leur offrant un filet de sécurité. Ainsi, ils en ressortent dotés des compétences et de la confiance nécessaires pour faire face à n’importe quelle crise et conservent ce profonde sentiment d’humilité que seule la médecine clinique permet de développer. »
L’Institut de cardiologie faisant office de pôle régional pour les soins cardiovasculaires spécialisés et complexes — il offre des services à près de deux millions de personnes —, l’USIC est aussi un groupe de réflexion très actif, créant les conditions idéales pour une recherche de pointe en soins intensifs cardiaques. Cochercheuse principale du groupe de recherche CAPITAL, la Dre Mathew est reconnaissante de pouvoir s’appuyer sur les « géants de la recherche » qui ont très tôt décidé que l’USIC mènerait des essais cliniques. « Notre travail se concentre sur des questions de recherche pragmatiques qui découlent des soins prodigués au chevet des patients. Mes mentors ont toujours dit qu’il est impossible d’être passionné par la médecine Clinique sans l’être par la recherche. Il faut se poser des questions, et si on ne trouve pas la réponse, cela devrait donner lieu à des recherches. » Décrivant la recherche au sein de l’USIC comme un effort d’équipe constant, la Dre Mathew rend hommage au grand nombre de résidents, de fellows et d’infirmières — les cochercheurs officiels et officieux de l’équipe —, qu’elle considère comme les forces vives du travail du laboratoire.
L’Unité de soins intensifs en cardiologie s’occupe jour et nuit des patients cardiaques présentant certains des cas les plus complexes de la région.
Préoccupée par les taux de mortalité élevés associés au choc cardiogénique et par le manque de données probantes solides étayant les traitements visant à améliorer les résultats cliniques, la Dre Mathew a lancé l’essai clinique CAPITAL DOREMI (Comparaison de la milrinone et de la dobutamine pour traiter le choc cardiogénique) afin de mieux comprendre et traiter le choc cardiogénique, dans lequel un problème cardiaque primaire empêche une circulation sanguine adéquate vers les organes du corps. La Dre Mathew a expliqué que, depuis longtemps, deux médicaments inotropes, la milrinone et la dobutamine, sont largement utilisés pour traiter le choc cardiogénique en Amérique du Nord et qu’elle souhaitait mettre fin au débat qui agite la communauté des soins intensifs cardiaques quant à savoir lequel de ces deux médicaments offre les meilleurs résultats pour les patients. CAPITAL DOREMI est ainsi devenu le tout premier essai Clinique comparatif direct opposant ces deux médicaments dans le cadre du choc cardiogénique. L’étude, qui a recruté 192 patients, n’a révélé aucune différence significative au niveau des critères d’évaluation clés, démontrant ainsi que les traitements étaient équivalents.
Publié dans le New England Journal of Medicine, cet essai a réaffirmé que les cliniciens devaient choisir l’inotrope le mieux adapté aux besoins individuels de chaque patient. ondamentalement, CAPITAL DOREMI a contribué à faire progresser les principes de la médecine factuelle et des soins centrés sur le patient.
Alors que l’étude CAPITAL DOREMI 2, un essai multicentrique de plus grande envergure portant sur 346 patients, touche à sa fin, la Dre Mathew cherche à déterminer si, compte tenu des bienfaits incertains et des effets secondaires négatifs des médicaments inotropes spécialisé, les patients ont vraiment besoin d’un soutien inotrope, sous quelque forme que ce soit, lors du traitement initial du choc cardiogénique.
Fière des efforts de recherche de son laboratoire et du travail clinique mené au sein de l’USIC, la Dre Mathew explique qu’en menant des recherches et en continuant à développer la culture de la recherche au sein de l’USIC, les résidents et le personnel de l’unité ont gagné en confiance pour mener des essais cliniques à haut risque, mais à fort potentiel. « C’est passionnant de constater à quel point notre processus décisionnel au sein de l’USIC s’appuie désormais sur des données probantes. La recherche occupe une place prépondérante à l’Institut de cardiologie et nous mettons chaque jour à profit les résultats de ces études clés pour offrir les meilleurs soins cliniques à nos patients. »
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